Conditionnement classique – Le risque de l’habituation
Cet article est la partie 4 de 6 du dossier Apprentissage associatif et non-associatif

Conditionnement classique (ou pavlovien) et bien-être du cheval

Une fois qu’un comportement a été appris par R-, le cheval va utiliser d’autres stimuli qui prédisent l’arrêt de l’inconfort. Ainsi, les cavaliers utilisent le conditionnement classique lorsqu’ils remplacent la pression utilisée au début de l’apprentissage par de nouveaux stimuli initialement neutres (qui n’évoquent rien pour le cheval). C’est ce que l’on appelle les stimuli secondaires de renforcement, tels que des mots, des gestes ou des positions sur la selle. Ceci est très important en matière de bien-être puisque le conditionnement classique permet de remplacer un stimulus aversif par une pression plus légère et/ou non invasive.

Signal

Le stimulus secondaire, en remplaçant le stimulus primaire, permet d’alléger la demande

Cependant, le conditionnement classique étant très efficace, il peut s’avérer dangereux lorsque ce sont des comportements de défense qui sont conditionnés. Reprenons l’exemple de l’injection cité précédemment (exemples pratiques de renforcements). Si des comportements de défense ont été appris lors des premières injections, le cheval peut « prédire » l’injection car il l’aura associée une série de stimuli (l’arrivée du vétérinaire, l’odeur d’un produit, la vue de la seringue, etc.) qui prédisent l’injection et il exécutera ces comportements indésirables par anticipation. Ceci peut également se produire sous la selle. En effet, si le cheval a appris à se cabrer car le cavalier n’a pas correctement supprimé la pression lors d’un R-, le cheval va associer d’autres stimuli qui prédisent l’application de cette pression (cela peut même aller jusqu’à l’entrée sur une carrière de concours ou d’entraînement) et se cabrer avant même l’application de cette pression. Ces « comportements d’anticipation » représentent un danger potentiel car le stimulus choisi par le cheval pour prédire l’arrivée d’une pression peut être indiscernable et ainsi hors de notre contrôle.

Il existe des variantes du conditionnement classique : le blocage et le masquage de stimuli. Lors d’un apprentissage, si plusieurs stimuli précèdent le renforcement, l’un d’entre eux est préféré aux autres et choisi pour prédire ultérieurement l’arrivée du renforcement. Ainsi, plus le cavalier utilise de stimuli différents, plus il y a de chance que le cheval fasse une sélection parmi ces stimuli, et ceci peu importe le souhait du cavalier. Ce phénomène de blocage/masquage peut être illustré par l’apprentissage du départ au galop suite à une légère pression des jambes. En même temps que le cavalier agit avec ses jambes, il effectue souvent un mouvement de poussée avec son bassin, ce qui produit également une faible pression. Via le phénomène de blocage/masquage, il est possible que le cheval choisisse de répondre au mouvement du bassin et ne prenne pas le galop lors de la pression des jambes. Ainsi, le cavalier, en essayant de restaurer la séquence correcte de R- (stimulus – réponse correcte – arrêt de la pression), pourrait penser que le cheval ne répond pas à la pression des jambes et par conséquence augmenter la pression grâce à l’utilisation d’éperons ou d’une cravache, dépassant ainsi le seuil de douleur du cheval.

Il est donc très important de connaître les règles du conditionnement classique, largement utilisé lors de l’apprentissage chez le cheval. En effet, leur méconnaissance peut conduire à mettre fréquemment le cheval en état de douleur, ce qui est préoccupant concernant le bien-être animal.

Le risque de l’habituation

Habituation

L’habituation nécessite de présenter, plusieurs fois et de la même manière, le stimulus

L’apprentissage non-associatif, aussi appelé habituation, est largement utilisé afin de diminuer la fréquence et l’intensité des comportements indésirables du cheval (fuite ou défense), et afin d’habituer le cheval à de nouveaux objets ou environnements. Pour cela, le stimulus est présenté de façon répétée au cheval et, au fil du temps, le cheval ne présente plus de comportement d’évitement face au stimulus. L’habituation n’est efficace que si le stimulus est présenté de manière constante et égale tout au long du processus. Si la forme, l’intensité ou la modalité de présentation du stimulus change, le cheval réagira comme lors de la présentation d’un nouveau stimulus.

A travers l’apprentissage non-associatif, le cheval peut aussi s’habituer à la pression dans la mesure où celle-ci est légère. Ceci nous amène au risque de monter un cheval avec trop de contact (qui est une pression à part entière). Par exemple, la présence du mors dans la bouche du cheval constitue une pression. Afin de communiquer avec le cheval, nous devons établir un niveau de base du contact qui soit de faible intensité. Le cheval accepte une pression constante et légère et la considère comme le niveau de base. Sans la connaissance de l’apprentissage non-associatif et sans l’attention nécessaire au timing, un cavalier peut inconsciemment appliquer une pression avec une certaine intensité. En effet, le cavalier peut utiliser constamment un niveau de pression identique à celui que le cheval a associé à un certain comportement, mais en ne formulant aucune demande. Le cheval va alors s’habituer à ce niveau de pression constant dans sa bouche, ce qui crée un nouveau niveau de base de contact, plus élevé que le précédent. La pression perd alors son effet : les niveaux de pression des 2 stimuli sont si proches que le cheval ne peut plus les distinguer. Ainsi, il n’est plus capable de percevoir la différence entre la pression associée à un comportement spécifique et le niveau de base du contact avec la bouche qui au contraire n’a aucune signification pour lui. Le danger est alors que le cavalier augmente le niveau de pression associé à un comportement spécifique pour l’obtenir. A terme, cette façon de faire peut aboutir à l’utilisation d’un niveau de pression qui dépasse le seuil de douleur du cheval.

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