Débourrage et développement physique du cheval
Cet article est la partie 3 de 5 du dossier Le "débourrage"

Dossier rédigé par Alice Tollenaere, de l’ASBL Les Hippocampes

Source: 

  • « Timing and rate of skeletal maturation in horses,withcomments on starting young horses and the state of the industry », Ph. D. Deb BENNET, 2008

Avant de se lancer dans la manipulation d’un cheval, je pense qu’il est important de comprendre son fonctionnement physique afin de se rendre compte des effets de ce que nous allons lui demander. Les propos qui vont suivre sont tirés de l’étude du développement osseux du cheval effectué par le Professeur Deb BENNET et dont une publication enrichie est parue en 2008. Si je prends cette étude comme base de réflexion, c’est parce que, lors de mes recherches, tout ce qui touchait au sujet du développement osseux du cheval était relié à cette publication.

Je l’ai donc lue en entier et vous en propose ici un résumé traduit de l’anglais.

 La croissance

La première information capitale énoncée à plusieurs reprises dans cet article est que le cheval n’a pas une seule « plaque de croissance » (plaques produisant du nouveau tissu osseux et déterminant la longueur finale et la forme des os à l’âge adulte, présente donc uniquement sur les os en croissance) mais bien plusieurs centres d’ossification…dont le timing de développement est bien connus des professionnels (vétérinaires, paléontologues, zooarchéologues, zoologues spécialisés en mammifères…) depuis le 19è siècle !

Evolution d'un SF, de 7 mois à 14 mois

Evolution d’un SF, de 7 mois à 14 mois

Ce développement commence dès la naissance et se termine aux alentours de la 6ème année. Il est coordonné avec l’éruption des dents. Voilà pourquoi il est très important de se trouver très tôt un bon dentiste, car celui-ci pourra vous éclairer quant à l’état d’avancement du développement du squelette de votre cheval !

On entend souvent dire, dans le milieu des courses, que faire courir un cheval jeune (à partir de 18 mois parfois !) stimule la croissance de ses os et n’est donc pas néfaste pour lui. Ceci est une déformation d’un fait effectivement bien connu, à savoir que certains os de jeunes chevaux de courses se remodèlent en fonction des stress qu’ils endurent et donc, bien souvent, se durcissent. Mais ceci n’a rien à voir avec le fait, pour l’os, d’être mature ou non et n’accélère en aucun cas le délai de fusion des plaques de croissance ! On peut cependant se poser la question de savoir si le fait de faire courir de (très) jeunes chevaux ne pourrait pas aider à solidifier leurs os ? La réponse donnée par Bennet est que le cheval aurait développé des os de substance et de qualité égale voire supérieure s’il avait grandi « normalement ». Car si la croissance de la longueur de la plupart des os s’arrête vers 1 an et demi, leur épaisseur continue d’évoluer jusqu’à minimum 5 ans ! Et c’est souvent cet élément-là qui n’est pas ou peu pris en compte lors de la mise à la monte des jeunes chevaux. Ils ont globalement atteint leur taille adulte, de l’extérieur ils ont l’air assez grands et costauds, donc on en déduit que leur croissance est assez avancée pour les monter. Or leurs os, s’ils ont globalement fini leur croissance, sont loin d’avoir atteint l’épaisseur nécessaire à supporter un poids.

Quel impact de la race?

Croissance Daim

Daim, SF né en 2013 à quelques semaines d’écart

Une information essentielle donnée par Bennet est qu’aucun cheval, d’aucune race, à aucun moment de l’histoire, ni maintenant ni avant n’a jamais été physiquement mature avant 5 ans et demi…et cela est vrai pour une petite jument vivant dans la nature. Les chevaux « domestiqués », particulièrement les mâles, ne seront pas matures avant 6 ans. Et les grandes races peuvent même prendre plus de temps. Il est donc faux de penser que les Quarter Horses (QH) sont matures plus jeunes, et que les Pur sang Arabes (PSA) le sont plus vieux par exemple. Les QH ont juste été élevés de sorte à paraitre mature bien avant de l’être réellement !

Chez un cheval de 3 ans, toutes les plaques de croissance jusqu’à l’extrémité distale du radius (qui correspond globalement au genou) sont normalement déjà fusionnées, mais presqu’aucune des plaques de croissance au-dessus de cette extrémité ne le sont, ce qui inclut la colonne vertébrale ! Or c’est cette colonne qui gouverne la coordination des membres du cheval ainsi que son « style » lorsqu’il court. C’est également la colonne que le cheval utilise pour compenser les variations de terrain lorsqu’il court, et plus la vitesse est importante ou l’effort physique intense, plus il est important que le cheval ait toutes ses articulations matures et en bon état de fonctionnement.

Lorsque la question leur est posée, la plupart des gens répondent que les plaques de croissance se trouvent au niveau des genoux, ce qui conduit à l’idée généralement répandue qu’avant de monter un cheval, il faut attendre que « ses genoux ne se ferment » (= que la plaque de croissance du genou ne passe de cartilage à os). Mais ce que les gens ne réalisent généralement pas, c’est qu’il y a une plaque de croissance aux deux extrémités de chaque os après le crâne et, dans le cas de certains os comme le pelvis ou les vertèbres (qui ont beaucoup d’ « angles »), il y a de multiples plaques de croissance ! Donc plus longtemps on attendra avant de monter un cheval, moins on risque d’abîmer les plaques de croissances qui ne sont pas encore arrivées à maturité et donc de mettre en danger le développement final du squelette du cheval.

Mise au point: cheval précoce, cheval tardif?

Il est très fréquent d’entendre parler de race tardive, ou de race précoce: vous lirez à plusieurs reprises dans ce dossier que cette idée reçue n’est pas démontrée scientifiquement. La race n’a aucun impact en tant que telle sur l’âge de fin de croissance. Lorsque nous évoquerons un cheval “tardif/précoce”, il s’agira d’un impact lié à la taille ou au sexe:

  • une jument et/ou un cheval de petite taille sera considéré comme “précoce”
  • Un mâle et/ou un cheval de grande taille sera considéré comme “tardif”

Ces considérations sont évidemment liées à l’âge moyen de fin de croissance, à savoir 5 ans et demi (donc une variation de quelques mois plus tôt pour les chevaux “précoces”, et jusqu’à plusieurs années en plus pour les chevaux “tardifs”).

Parcours du dossier<< Introduction : vers un débourrage respectueux et adaptéQuel planning de développement du squelette chez le cheval ? >>

4 commentaires

  1. Claudie SAVELLI Auteur décembre 9, 2015 (9:38 )

    Très intéressant

    Répondre à Claudie SAVELLI
  2. Abrivert Auteur décembre 11, 2015 (8:48 )

    Merci pour cet article très riche. Mais alors faut-il attendre que tous les cartilages de croissance du cheval se soient ossifiés avant de le monter? Ne peut-on pas le débourrer à 3 ans et attendre ses 4 ans pour commencer le travail ?

    Répondre à Abrivert
    • Alter Equus Auteur décembre 11, 2015 (9:27 )

      Bonjour, malheureusement très peu d’études sont disponibles sur ce sujet pour aboutir à une conclusion: de notre côté, nous préférons conseiller d’attendre le plus possible afin de réduire les risques. D’autant plus qu’un débourrage bien mené peut se faire à n’importe quel âge, contrairement à l’idée habituellement de “profiter” de la jeunesse du cheval. Mais cela sera l’objet d’un prochain article 🙂

      Répondre à Alter Equus
  3. Hélène Auteur février 1, 2018 (11:22 )

    quel race de cheval????

    Répondre à Hélène

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