Dressage et bien-être : quelle place pour la main ?

Il est souvent question, en dressage académique, de « jambe sans main, main sans jambe ». Cependant, les nombreuses dérives liées notamment à l’utilisation du röllkur peuvent poser la question d’une main trop dure.

Où en sommes-nous au niveau scientifique ? Les références seront disponibles à la fin de l’article.

Longueur de rênes, tension et inconfort

Contrairement à l’équitation plutôt musclée de certain/es cavalier/es, il s’avère qu’un contact trop rude serait contre-productif. Une étude allemande propose d’observer le changement de comportement de 17 chevaux de dressage (Université de Göttingen) :

  • Les chevaux sont étudiés lors d’une reprise de dressage avec, en moyenne, une longueur de rênes de 79 (+/- 7) cm ; puis une seconde fois avec des rênes plus courtes de 10 cm (une marque était faite sur les rênes afin que le cavalier s’adapte) ;
  • Etaient analysés le rythme cardiaque, la tension de rênes, le comportement et l’amplitude des chevaux, ainsi que l’angle tête/encolure et la position des oreilles.
Quel tension dans la bouche de notre compagnon?

Quelle tension dans la bouche de notre compagnon?

En conclusion, il s’avère selon les chercheurs que raccourcir ses rênes de 10cm entraine un poid d’1kg supplémentaire dans la boucle du cheval (dont on connait la sensibilité et la présence de surfaces nerveuses). De plus, cette action entraîne :

  • Une ouverture de la bouche (défense contre le mors) multipliée par deux par rapport à la taille de rêne « standard »
  • Une plus faible amplitude au sein d’une même allure
  • Fouaillement de la queue (et donc énervement)
  • Davantage de chanfrein au-delà de la verticale et d’hyperflexion
  • Pas d’impact au niveau cardiaque

Les chevaux s’adaptent donc à des rênes plus courtes en faisant évoluer l’angle tête/encolure, l’amplitude et en démontrant des signes comportementaux d’inconfort.

Faire mieux avec moins

De plus, le Dr. Janne Winther Christensen (Danemark) démontre que les chevaux préfèrent, à main égale, une tension plus faible des rênes. Mise en place de l’étude :

  • 15 jeunes chevaux n’ayant jamais eu de mors dans la bouche afin d’observer les réactions naturelles du cheval par rapport à la pression
  • Sujet du test : un mors était placé dans la bouche de ces jeunes chevaux et attaché à des rênes selon des distances différentes. Un seau d’avoine et de mélasse était posé à distance afin d’observer si le cheval acceptait une tension (plus ou moins forte) des rênes pour accéder au seau, et ce sur plusieurs jours.

Alors que notre première réflexion pourrait être d’imaginer une habituation à la tension de rênes, il s’avère que l’inverse s’est réalisé. Les chevaux avaient tendance à mettre beaucoup de tension sur les rênes le premier jour, puis beaucoup moins les jours suivants. De plus, un comportement conflictuel était clairement lié, dans cette étude, à une tension intense des rênes : ouverture de bouche, ruade, tête secouée.

Qu’en est-il, dans ce cas, des chevaux clairement travaillés avec une équitation musclée ? Pour le Dr. Winther Christensen, ces chevaux auraient été « disciplinés » à ne pas exprimer de comportement de conflit et, en l’absence de relâchement de tension, auraient perdu la sensibilité de leur bouche.

Il est également intéressant d’observer qu’un « comportement de conflit » n’est pas qualifié comme tel selon le professionnel qui l’observe (juge, cavalier, entraîneur) : il est donc crucial de sensibiliser au bien-être équin à travers toutes les catégories du monde équestre.

Vers une diversification du travail ?

Travailler à pied pour plus de confiance?

Travailler à pied pour plus de confiance?

Une vraie polémique existe au sein de l’équitation sportive, dans la mesure où celle-ci demanderait davantage au cheval de repousser ses limites (les chevaux de dressage seraient plus sujets aux ulcères de stress). La vie en box, sans contact social et à base d’alimentation concentrée est également pointée du doigt comme entraînant stéréotypie, problèmes physiques et mentales.

La première étude évoquée soulève un point essentiel dans le travail équestre : parmi le panel, une partie des chevaux serait régulièrement travaillée au sol, l’autre non.

  • Cette population présente un rythme cardiaque plus faible durant le travail montré.

Selon les chercheurs, ces chevaux auraient peut-être davantage confiance en leur cavalier et seraient moins stressés malgré les changements de tension de rênes.

Que conclure finalement ?

Et d'appliquer en selle!

Et d’appliquer en selle!

Comme la plupart des études récentes le démontrent, il est crucial de ne travailler qu’un cheval bien dans sa tête et son corps, idéalement en diversifiant le travail. L’équitation en tant que telle doit rester légère, par exemple avec une très faible tension de rênes comme le démontrent les études évoquées. Comment demander à notre compagnon d’être subtil sans travailler sur nous ? Une vraie réflexion sur la communication humaine peut nous permettre de nous centrer sur ce que devrait être l’équitation : l’harmonie d’un couple.

 

 

Sources

 

 

 

4 commentaires

  1. reflexionsequestres Auteur novembre 25, 2015 (7:00 )

    Tout cela est tellement vrai qu’on ne devrait pas avoir à le répéter inlassablement.

    Répondre à reflexionsequestres
    • Alter Equus Auteur novembre 25, 2015 (8:31 )

      Nous sommes entièrement d’accord avec vous: malheureusement, certains ont besoin de “preuves”…

      Répondre à Alter Equus
  2. Claire Auteur novembre 25, 2015 (3:09 )

    Une chance pour que cet article soit rédigé en anglais ? J’aimerais le partager avec l’une de mes profs d’équitation !

    Répondre à Claire
    • Alter Equus Auteur novembre 25, 2015 (3:41 )

      Bonjour 🙂 Toutes nos sources sont rédigées en anglais. Nous pouvons envisager une traduction si vous le souhaitez 🙂

      Répondre à Alter Equus

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