Éducation et dressage du cheval : utilisation de la pression et des renforcements positifs et négatifs
Cet article est la partie 2 de 6 du dossier Apprentissage associatif et non-associatif

On appelle « pression » tout stimulus appliqué sur le corps du cheval provoquant un changement dans son comportement. Cette pression est un stimulus aversif puisqu’il crée un inconfort. L’intensité de cet inconfort peut varier, depuis un niveau très léger et quasiment imperceptible au niveau sensoriel, jusqu’à un niveau très élevé et même douloureux si les jambes, les mains ou d’autres outils (cravache, éperons, etc.) sont utilisés de façon inappropriée. La pression, et ainsi l’inconfort, est ensuite retirée quand le cheval réalise le comportement souhaité. Par exemple, lors de l’apprentissage sous la selle, le cheval apprend que la pression appliquée par le cavalier au travers des rênes disparaît lorsqu’il s’arrête ou qu’il ralentit, que la pression des jambes du cavalier disparaît quand il accélère, et ainsi de suite. Ainsi, pour être efficace et éthologiquement correct, l’apprentissage devrait utiliser l’application de pression et son immédiat retrait quand le cheval se comporte comme attendu. Si ce n’est pas le cas, le cheval peut développer des comportements défensifs ou conflictuels, ce qui rend le travail difficile. C’est notamment le cas lorsque la pression se transforme en douleur. Le retrait immédiat de la pression lors de l’obtention du comportement souhaité est d’autant plus important lors des premières étapes de l’apprentissage.

Le principal objectif de l’apprentissage est de fournir des signaux que le cheval apprend à associer à un comportement spécifique. Si le cheval exécute des comportements inattendus ou non désirés, cela signifie que l’apprentissage n’a pas permis d’établir une association entre le signal (la pression) et le comportement désiré, et que le renforcement utilisé pour créer cette association est insuffisant pour surmonter la motivation du cheval à exécuter d’autres comportements. C’est pourquoi l’utilisation de signaux de communication confus pour le cheval peut conduire à l’apparition de comportements inattendus et défensifs.

La communication avec le cheval au travers de la pression est donc binaire : « Oui, c’est cela que je souhaite » (retrait de la pression) ou « Non, ce n’est pas cela que je souhaite » (maintien de la pression). On peut donc se poser la question suivante : comment pouvons-nous communiquer efficacement avec un cheval en utilisant uniquement Oui et Non ? Cette communication binaire ne peut être efficace que si la personne qui applique la pression dit Oui aussitôt que le cheval fait le plus petit soupçon de mouvement vers le comportement désiré, puis continue en étant de plus en plus précis. Dans le cas contraire, le cheval agira en se basant sur la chance, et ce manque de clarté conduira le plus souvent à la confusion et à la frustration chez le cheval. C’est pourquoi la clé du bien-être des chevaux est la compréhension du fonctionnement du renforcement, plus spécialement du moment (le « timing ») où la pression doit être retirée (ou la nourriture offerte) lors de l’apprentissage ou de la manipulation des chevaux.

Renforcement positif et négatif & apprentissage

Le renforcement est un événement qui favorise l’apparition d’un comportement particulier. Il est d’autant plus efficace qu’il est motivant pour le cheval.

Il existe 2 types de renforcement :

  • renforcement positif (R+) : ajout d’un élément agréable
  • renforcement négatif (R-) : retrait d’un élément aversif

Ces 2 types de renforcement peuvent être utilisés aussi bien lors du travail au sol que monté. L’utilisation conjointe de ces 2 types de renforcement pourrait présenter une solution intéressante lorsque l’on souhaite prendre en compte le bien-être animal lors du dressage des chevaux.

 

Réaction défensive

Le cabré :  une réaction d’évitement

L’utilisation de stimuli aversifs est communément utilisée lors de l’apprentissage des chevaux, notamment pour l’apprentissage du mouvement en avant. Cependant, il faut bien se rappeler qu’un renforcement négatif (retrait de la pression) n’est efficace que s’il est utilisé de façon systématique et avec un bon timing. Or certains comportements d’évitement potentiellement dangereux comme le cabré ou la fuite en avant peuvent conduire au retrait de la pression. Le comportement d’évitement est alors renforcé, ce qui met en danger le cheval comme le celui qui le manipule ou le monte lors des prochaines sessions d’apprentissage. De plus, l’utilisation croissante de stimuli aversifs a tendance à désensibiliser le cheval (phénomène d’habituation), ce qui conduit à une diminution du comportement attendu. Ces stratégies d’apprentissage sont alors inefficaces et peuvent aboutir à la maltraitance du cheval. En général, le traitement aversif (via le renforcement négatif) des problèmes de comportement peut conduire à davantage de comportements indésirables et serait donc inadapté pour surmonter les problèmes rencontrés communément. Par exemple, lors de l’apprentissage de l’embarquement en van, les chevaux travaillés en renforcement positif ont été plus faciles à embarquer et semblent moins stressés. De plus, dans une étude comparant un apprentissage renforcé positivement (R+) ou négativement (R-), les chevaux travaillés en R+ sont plus enclins à réaliser le comportement souhaité et montrent une motivation croissante à participer aux sessions d’apprentissage. Ainsi, il est essentiel d’équilibrer l’utilisation de méthodes d’apprentissage aversives et non-aversives afin d’optimiser les capacités d’apprentissage des chevaux et afin d’améliorer leur bien-être.

Dans l’article suivant, des exemples pratiques au sol et monté seront détaillés.

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