Réflexion entre la théorie et la pratique…
Hercule

Hercule, deux ans après sa sortie du club

J’ai eu beaucoup de chance lors de ma transition à une équitation « alternative » : j’ai eu la chance d’accueillir mon ancien cheval de club à ses 17 ans, car il n’était plus impliqué dans son « travail » de l’époque. Nous sommes passés sans mors rapidement, pieds nus (malgré une sensibilité toujours présente) ainsi que vers un travail lui proposant de s’exprimer davantage. Il est également allé vivre au pré toute l’année, avec un groupe d’autres chevaux.

C’est donc tout naturellement que j’en suis venue à échanger sur cette évolution sur différents groupes qui partageaient mon point de vue sur le travail à cheval, le cadre de vie. Ne mesurant pas ma chance d’avoir un cheval généreux et doux, j’ai beaucoup critiqué les « classiques », ces personnes qui faisaient selon moi passer leur plaisir avant celui du cheval. Je ne réalisais alors pas à quel point la critique est facile lorsqu’il s’agit des autres :

« Juger, à l’origine, c’est opérer une distinction. Identifier qui je suis et qui est l’autre, en quoi je lui ressemble et en quoi nous sommes différents. Le jugement est, de fait, aussi essentiel et naturel que la respiration. Ce n’est que lorsque nous passons de l’altérité, caractère de ce qui est autre, à l’altération, action de dégrader, que nous polluons le jugement en tant que fonction psychique vitale. »[1]

Et je ne réalisais pas à quel point le jugement peut avoir un impact négatif sur nous comme sur les autres.

L’arrivée d’un petit nouveau, ou devoir adapter la théorie à la pratique

Daim bébé

Daim, le jour du “coup de foudre normand”

Il y a un peu plus d’un an, ma grand-mère m’a proposé d’aller voir un poulain né chez l’un de ses amis. Sur place, le coup de foudre pour un joli SF bai plutôt expressif de quelques mois. La réservation est faite avec l’éleveur, à qui je demande de le laisser avec sa mère jusqu’à un an pour que le sevrage soit tardif, ainsi que de le faire voir par un maréchal régulièrement et de le manipuler. J’étais donc très heureuse de pouvoir lui offrir un cadre qui, selon mes critères, était optimal pour lui.

Sauf que la pratique s’est avérée plus complexe. Très peu manipulé et suivi par le maréchal, la petite bouille mignonne s’est avérée être un petit démon quand il décidait de ne pas faire (qu’il s’agisse du licol, des pieds…). Après le décès de son copain de pré avec qui il était depuis son sevrage, j’ai dû le ramener auprès de mon hongre plus tôt que prévu. Dans la nouvelle pension, il vit avec deux autres chevaux au calme. Et je redécouvre une nouvelle facette de moi, moins reluisante : oui, il m’arrivait de m’énerver contre mon poulain. Oui, je n’arrivais pas aussi facilement qu’avec mon hongre à obtenir ce que je voulais. Oui, j’ai eu de nombreuses fois envie de tout arrêter avec lui. Et je sentais en même temps le poids du regard des autres, du jugement, le même que j’avais porté auparavant.

“Un échec est un succès si on en retient quelque chose.”

J’ai alors réalisé à quel point il pouvait y avoir un fossé entre notre éthique et notre possibilité de l’adapter en pratique. Et j’ai réalisé à quel point la facilité que la plupart du monde équestre avait de juger était nauséabonde :

  • Un cheval ferré est exploité, mais un cheval pied nu un peu sensible est maltraité par son propriétaire
  • Un cheval en box souffre, mais un cheval au pré est abandonné
  • Un cheval en mors est torturé, mais un cheval sans mors ne peut pas travailler correctement
  • Le classique brime le cheval, mais Parelli le lobotomise
Ethique vs pratique?

Compliqué d’appliquer la théorie sur un jeune de 350kg!

Peu importe le choix, il sera forcément mauvais. Chaque « communauté » se mure dans son coin et dans sa zone de confort, sans échanger avec l’autre. Et cela peut entrainer par la suite une impossibilité de choisir pour certaines personnes, car tous les choix sont mauvais et critiquables. Et pourtant.

Une citation m’avait marquée un jour :

« Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. »

La base de l’apprentissage d’un enfant est de pouvoir se tromper, car il apprend de ses erreurs. D’ailleurs, une belle personne avait une fois dit en stage que si un enfant devait arrêter d’essayer de marcher dès qu’il tombait une seule fois, il ne saurait jamais marcher. C’est par l’erreur, « en se brûlant » que l’on apprend et que l’on assimile nos expériences. Nous avons tous fait des erreurs avec des chevaux, qui n’en sont normalement pas morts. Pourtant, le regard que peut avoir autrui sur nous nous fait culpabiliser, nous interdit de faire une erreur. Car celle-ci sera tout de suite critiquée, directement ou non. Il n’est pas question de tout essayer et de justifier nos “erreurs” en disant que les chevaux n’en sont pas morts: il est question de trouver une voie du milieu, entre culpabilité et remise en question.

Et pourtant, en se pardonnant nous-même, en reconnaissant nos erreurs, nous pouvons mieux le vivre ainsi que mieux vivre avec les autres. Il m’est arrivé de faire un mauvais parage et d’entraîner une sensibilité de mon hongre, ou de le monter alors que je n’étais pas sûre qu’il en avait envie. Il m’est arrivé de faire des fautes de main en licol en corde ou encore d’être injuste envers mon poulain. Ils sont toujours présents à mes côtés et me pardonnent cela, alors que j’en suis incapable envers moi-même.  Jugement assimilé inconsciemment ? Et pourtant, « ce qui fait la différence, ce n’est pas tant la gravité de nos échecs que la façon dont nous choisissons de réagir après. Se lamenter ou constater… avant de repartir de plus belle, et mieux averti. »[2]

La comparaison est dangereuse, que cela soit envers soi ou envers les autres. J’ai encore tendance à comparer mes deux compagnons, alors que l’un a été brisé par une vie en club tandis que l’autre a la jolie chance de pouvoir être sans considérer la contrainte comme allant de soi. Et c’est un challenge compliqué à gérer lorsque nous avons eu longtemps une vision du cheval mobylette.

Apprendre à s’ouvrir aux autres et à soi

Daim dit non

Découvrir un cheval qui “dit non”… et nos erreurs!

Et finalement, lorsque je vois mon hongre sensible sur les cailloux, je peux comprendre que les gens veuillent ferrer pour ne pas voir cela. Lorsque je vois mon poulain qui m’exprime fortement ses refus, je comprends les personnes qui peuvent chercher une solution radicale pour qu’un cheval se « taise ». Ce ne sont pas mes choix, mais je peux comprendre pourquoi certaines personnes les font. Ce n’est pas pour autant qu’elles n’aiment pas leur cheval, dans la grande majorité des cas : elles sont ce qu’elles ont appris, humainement et socialement, notamment en France où l’ « équitation de tradition française » est prégnante.

Evidemment, il est facile de juger sur les croyances des autres. Par exemple, certaines personnes croient que l’espace des barres a été prévu pour le mors donc le mors est bien. Ceux qui se moquent de cela ne satisferont que leur ego moqueur et n’apportent pas de démenti a cette croyance pourtant facile a démontrer. Certaines croyances sont aussi impossibles à prouver, comme lorsque nous touchons au divin ou au spirituel. Dans ce deuxième cas, nul le détient une vérité unique. Une amie m’a d’ailleurs dit:

“Il y a une différence à faire entre juger l’ignorance et la sensibilité. L’ignorance se corrige par l’apprentissage appuyé par des arguments. La croyance personnelle est personnelle et personne n’a le droit de le juger ou de s’en moquer. “

daim-yin-yang

Notre part de yin nous apprendra tout autant que notre part de yang.

Comprendre le point de vue de l’autre, même s’il est différent, permet de rester ouvert sur autrui et d’apprendre. Si nous étions tous pareil, le monde serait bien triste… Et cette diversité permet autant d’apprendre d’un cavalier sortant à haut niveau que d’un vegan ayant arrêté l’équitation par éthique. Encore faut-il que nous acceptions de ne pas juger leur chemin propre. Et qu’au lieu d’enlever la paille de l’oeil du voisin, nous retirions la poutre qui est dans le notre. Nos chevaux sont entièrement capable de souligner nos voies de progression, pour peu que nous acceptions de les écouter.

Nous aurons toujours des incohérences dans notre vie, et nous ferrons toujours des erreurs, heureusement. Au lieu de passer notre temps dans la critique et le négatif, autant le passer à travailler sur nous, à cultiver le positif en nous et avec nos chevaux. Notre part de yin nous apprendra tout autant que notre part de yang. A nous de l’accepter désormais.

 

[1] http://www.psychologies.com/Moi/Moi-et-les-autres/Relationnel/Articles-et-Dossiers/Arreter-de-tout-juger/Norbet-Chatillon-Juger-l-autre-c-est-porter-un-jugement-sur-soi

[2] http://www.psychologies.com/Moi/Se-connaitre/Comportement/Articles-et-Dossiers/Osez-!-Six-risques-a-prendre/Accepter-de-se-tromper/43-questions-a-Tristane-Banon

1 commentaire

  1. anais Auteur juillet 8, 2015 (6:39 )

    Comme je comprend ! Cet article fait écho a ma facon de penser et a ce que je vis avec ma jument !

    Pour moi le maitre mot est Adaptation 🙂

    Répondre à anais

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