Equitation sans mors : un peu d’histoire
Cet article est la partie 2 de 10 du dossier Les outils du sans mors

Bref historique équestre : le sans mors, une mode récente ?

Il est assez difficile de savoir lequel, du mors ou du sans-mors, est apparu en premier. La domestication du cheval était centrée sur le besoin de viande et de lait, avant son utilisation comme cheval de selle. Il est probable que les cavaliers aient essayé de monter en “cordeo” en premier, puis avec des rênes accrochées à un semblant de licol.

Guerrier Khmer, fresque d'Ankor Wat... Sans mors !

Guerrier Khmer, fresque d’Ankor Wat… Sans mors !

La première ennasure viendrait de la civilisation sumérienne (IIIème millénaire avant J.-C.). Il est possible d’estimer que certaines civilisations montaient sans mors: les Numides par exemple, chez lesquels furent retrouvées des ébauches de “cordeo” ou de hackamore. Il est pour autant assez difficile de statuer sur des “tendances” générales par civilisation car les outils utilisés ne mobilisent pas les mêmes matériaux (cuir et peau pour les “hackamores” et “cordeos”, cuivre puis fer pour les mors). La différenciation entre le licol et la bride pour mener le cheval apparaît à Athènes, au Vème siècle avant J.-C.: les chevaux utilisés pour la traction ou la monte portent un mors, tandis que les chevaux “au repos” sont harnachés d’un licol.

Le hackamore “mécanique” et le bosal, utilisés principalement aux Etats-Unis proviendraient de la conquête des Amériques par les conquistadores. En effet, la péninsule Ibérique a été fortement influencée lors de son occupation par les Maures aux VIIème et VIIIème siècles, qui auraient utilisé un semblant de hackamore allié à un mors, utilisé en deuxième lieu.

De nouveaux modèles de brides sans mors sont développés en 1893 (McCloud, bride sans mors essentiellement faite pour le travail à pied), 1912 et 1915 (I. Fox). Ce dernier, membre de l’armée des Etats-Unis, souhaitait proposer une muserolle plus mince que la muserolle classique et positionnée sur l’os nasal pour y exercer une pression. La “Be Nice Bridle” de D. Woodruff/A. Buncks entraîna par la suite le développement du “bitless bridle” du Dr Cook.

Les premiers mors découverts datent très probablement de la culture de Botai (Kazakhstan, IVème millénaire avant J.-C.). Les mors sont relativement doux et adaptés à l’utilisation qu’en font les Hommes: pacifique puis militaire, demandant des chevaux prêts à l’emploi et réactifs. Les rênes sont lestées avec des “glands” afin de les tendre pendant que le cavalier archer utilise ses mains au combat durant l’Antiquité. Les mors deviennent de plus en plus variés selon le “tempérament” du cheval au Moyen Âge et pendant la révolution industrielle.

Le bosal, utilisé depuis des siècles par les amérindiens

Le bosal, utilisé depuis des siècles par les Amérindiens

En parallèle, de nouveaux courants apparaissent. La naissance de la “haute-école” fait évoluer la vision que peut avoir la classe aisée sur le cheval: on lui donne des caractéristiques “sensibles”, et un début d’individualité. Les grands maîtres recherchent la légèreté et la décontraction afin d’arriver au “rassembler”. Une fois que sont acquis les mouvements en filet simple, l’écuyer passe à la bride et aux éperons pour affiner ses aides. En équitation western ainsi que dans celle des “chuchoteurs”, la démarche est inverse: le cheval est tout d’abord débourré en licol ou en bosal, et le mors est inséré dans l’enseignement une fois que les codes sans-mors sont acquis (pour le cheval comme pour le cavalier).

Il est donc très intéressant de mettre en parallèle l’évolution de la monte avec et sans mors: celle-ci, comme le développement et le “façonnage” des selles, est intimement liée à la culture de la civilisation humaine, ainsi qu’aux activités qui sont pratiquées par les cavaliers.

Pour aller un peu plus loin vous pouvez consulter ce document en anglais qui retrace l’historique de la pratique équestre sans mors qui a mené à la création de la “bitless bridle” par le Dr Cook.

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