Le Paddock Paradise
Cet article est la partie 1 de 4 du dossier Le Paddock Paradise

Si vous souhaitez garder votre cheval à l’extérieur, une variante du simple pré existe : le paddock paradise. Le principe, que l’on doit à Jaime Jackson, est né d’une double constatation : d’une part, les chevaux vivant dans des prés rectangulaires avec tous les points importants concentrés au même endroit (abri, nourriture et boisson) ont tendance à ne pas se déplacer suffisamment dans l’espace qui est à leur disposition ; d’autre part, les chevaux sauvages ont tendance à parcourir les landes en empruntant toujours les mêmes chemins. Fort de ces observations, il a proposé un aménagement spécifique de l’espace de vie du cheval qui consiste à dessiner des couloirs de quelques mètres de large, ponctués d’espaces plus larges qui remplissent des fonctions différentes (abri, repos, jeu, alimentation, boisson, etc.) et qui poussent le cheval à se déplacer d’un espace à l’autre pour assouvir ses différents besoins.

Le cheval se déplace d'un espace à l'autre en empruntant des couloirs

Le cheval se déplace d’un espace à l’autre en empruntant des couloirs (Écuries du Grand Vallat)

Une approche globale de la gestion du cheval

Le plus souvent, le principe du paddock paradise est associé à d’autres modes de gestion de la vie équine :

  • Une vie en troupeau : on cherche à se rapprocher des besoins naturels du cheval, dont la grégarité est une composante essentielle.
Chevaux marchant dans le couloir d'un paddock paradise (crédit : HorseGuard Canada / La Sanglière)

Chevaux marchant dans le couloir d’un paddock paradise (crédit : HorseGuard Canada / La Sanglière)

  • Les pieds nus : Jaime Jackson est avant tout un fervent défenseur du pied nu, et son paddock paradise est une technique complémentaire au parage pour leur entretien et leur bon développement. En permettant au cheval de se déplacer beaucoup, en lui procurant des sols de natures les plus variées possibles (des surfaces douces comme de la terre, des surfaces abrasives comme des couloirs de cailloux, des aménagement disposés sur les couloirs, des montées, des descentes, si possible un plan d’eau dans lequel ils peuvent entrer, etc.), la qualité de la corne des pieds, sa stimulation et sa pousse s’en trouvent améliorées de manière naturelle.
Espace d'alimentation où sont disposés des filets à foin à petites mailles

Espace d’alimentation où sont disposés des filets à foin à petites mailles (crédit : Jill Willis / AANHCP)

  • Le slow feeding : autre complément du paddock paradise, la notion de slow feeding rassemble les techniques visant à faire en sorte que le cheval puisse manger à un rythme plus proche de ses capacités digestives naturelles. La nourriture principale des chevaux dans un paddock paradise est le foin, que l’on distribue dans des filets à petites mailles (entre 3 et 5 cm) de façon à ce que les chevaux puissent manger de moins grandes bouchées, ce qui leur permet de produire plus de salive par bouchée et de ne pas surcharger inutilement leur estomac de taille notablement réduite. Les chevaux mangent plus lentement, et plus longtemps sur la journée, ce qui respecte mieux leurs besoins physiologiques. 
  • Les interactions avec l’environnement : les différents espaces ponctuant les couloirs sont organisés de manières variées, permettant au cheval de recevoir autant de stimulations de son environnement de vie. Il a besoin d’un endroit dégagé d’où il peut voir loin et sentir le vent, d’un lieu de repos où se cacher et se mettre à l’abri des intempéries, d’un espace où le sol est agréable pour se rouler, etc.
Aménagement de couloir d'un paddock paradise en république tchèque

Aménagement de couloir d’un paddock paradise en république tchèque (crédit : Àla Làla Z Pekla)

Des aménagements spécifiques

On peut agrémenter le parcours du paddock paradise d’éléments supplémentaires qui viennent stimuler le désir de mouvement du cheval et sa curiosité naturelles.

On peut par exemple installer des “obstacles” dans un couloir, typiquement des troncs d’arbres, pour inviter le cheval à mobiliser son corps et son esprit pour les éviter et/ou les sauter, selon son humeur. 

On peut disposer des “surprises” au fil des couloirs, dans des endroits différents, comme par exemple quelques carottes, un peu de grain, du sel, etc., afin que les chevaux conservent le plaisir de la découverte au quotidien. Dans le même ordre d’idée on peut déplacer régulièrement les filets à foin pour pousser les chevaux à chercher leur nourriture.

En fait, tout aménagement qui va dans le sens d’une stimulation des sens et/ou d’une invitation à se déplacer peut être utilisée dans un paddock paradise. Et les gestionnaires de telles installations ne manquent pas d’imagination pour trouver de nouvelles idées !

Divers aménagements de l'espace sur un parcours de paddock paradise (crédit : Écurie de Beauperier)

De multiples aménagements de l’espace sur un parcours de paddock paradise (Écurie de Beauperier)

Concrètement, à quoi ça ressemble ?

En principe, le parcours du paddock paradise forme une boucle (voire plusieurs) de manière à ce que les chevaux n’aient pas besoin de faire demi-tour en arrivant à un cul-de-sac. Dans les espaces qui se retrouvent libérés au centre de la boucle, on peut par exemple faire du foin (ou tout autre chose !).

Représentation schématique d'un paddock paradise

Représentation schématique d’un paddock paradise
(crédit : Jill Willis / AANHCP)

La largeur des couloirs doit permettre aux chevaux de faire demi-tour librement ; on considère souvent que le minimum est d’environ 4 mètres de large. Il est intéressant aussi de penser à laisser suffisamment de place pour qu’un tracteur puisse passer ! Les espaces plus larges peuvent faire la taille que l’on souhaite et que l’on peut allouer, et il faut bien penser qu’ils devront être confortables pour les chevaux : p.ex. ne pas aménager un espace de repos dans un endroit venteux ou avec beaucoup de passage.

Il est souvent évoqué la question de la surface d’un paddock paradise : en fait, la taille de ce type de parc ne se calcule pas en surface, mais plutôt en fonction de la longueur du parcours. Dans son livre, Jaime Jackson explique que tout espace qui est d’une taille appropriée pour faire un parc traditionnel, l’est aussi pour faire un paddock paradise ; on peut même aménager un paddock classique (c’est-à-dire un extérieur de dimensions très réduites) en un paddock paradise. Les éléments auxquels réfléchir seront les mêmes que pour un parc classique : il est nécessaire que les chevaux puissent courir, il faut penser que si l’espace est petit il sera nécessaire de ramasser les crottins, etc.

Par comparaison, le concept allemand des “écuries actives” se base globalement sur une organisation de l’espace du même ordre, mais l’espace alloué au paddock est beaucoup plus restreint (de l’ordre de 3000 à 5000m2), ce qui implique des installations nettement plus techniques et un entretien plus régulier. Par exemple, souvent dans les écuries actives la totalité du sol est pavée ou couverte d’un revêtement en caoutchouc, les aires de détente sont en sable, les abris sont le plus plus souvent des constructions (peu ou pas d’arbres ou de bosquets denses considérant l’espace alloué au parc). Certaines écuries actives “high tech” disposent même d’un système informatique de gestion des rations de complément des chevaux, qui calcule la ration de chaque cheval et la fractionne en plusieurs parties qu’elle donne au fur et à mesure des demandes du cheval ! On est dans un système beaucoup plus technique que le simple paddock paradise, mais qui permet de répondre à un autre type de demande tout en respectant les besoins fondamentaux des chevaux (la vie en groupe, le déplacement, l’alimentation à la demande, etc.).

Pour aller plus loin…

Livre Paddock Paradise

Le livre de Jaime Jackson sur le Paddock Paradise

Parcours du dossierLes Écuries du Grand Vallat >>

8 commentaires

  1. Pillet Auteur janvier 6, 2015 (10:18 )

    Merci pour cet article ! Je connais déjà l’existence du PP et je suis toujours à la recherche d’exemples et d’expériences différentes. Et aussi en français ! Car bien que lisant passablement bien l’anglais je suis parfois (souvent) “larguée” !
    Vous mettez des liens aussi sur d’autres expériences de PP et dans l’un d’eux dans le Maine et Loire hélas le plan ne s’affiche pas ce qui fait que l’on a du mal à “voir” comment est construit ce PP.
    Si jamais vous saviez comment contacter la personne et lui en parler…
    Je suis régulièrement vos articles et j’en suis toujours très intéressée ! Alors merci de votre partage et bonne continuation !

    Répondre à Pillet
  2. Couturier Auteur septembre 11, 2015 (6:08 )

    Bonjour,
    je viens d’aménager un paddock paradise que je souhaite ouvrir a la pension dans les prochaines semaines, seriez vous d’accord que je reprenne votre article (complet et explicite) sur mon site internet pour presenter le concept?
    Merci

    Répondre à Couturier
    • Marie Lhorloger Auteur septembre 11, 2015 (7:28 )

      Bonjour Couturier,

      Vous pouvez mettre un lien vers l’article sans problème, avec plaisir 🙂 (mais pas le copier-coller intégralement sur votre site par contre)

      Et votre pension se situe où, est-ce qu’on peut avoir l’adresse de votre site web aussi pour aller voir ?

      Amitiés 🙂

      Répondre à Marie Lhorloger
  3. sebastien knockaert Auteur mai 20, 2018 (9:00 )

    Bonjour
    L a nourriture principale du cheval est le foin ???? Et l’herbe ? Le cheval n’est il pas un herbivore ?

    Répondre à sebastien knockaert

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  1. Paddock Paradise : définition – Minis Du Sud janvier 12, 2016 (2:42 )

    […] Le Paddock Paradise […]

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