Prévenir et réfléchir : une nouvelle optique équestre ?

Article écrit à 4 mains avec Hélène Tanchon

“Il vaut mieux prévenir que guérir”: nous entendons régulièrement ce proverbe. Mais qu’en est-il en application? Et auprès de nos amis à quatre pattes?

Qu’est-ce qu’une vision préventive?

La médecine préventive est “l’ensemble des actions, des attitudes et comportements qui tendent à éviter la survenue de maladies ou de traumatismes ou à maintenir et à améliorer la santé”: dans le cadre de cet article, nous appliquerons cette définition aux équidés. Cette médecine comporte deux aspects:

  • Promouvoir une hygiène de vie physiologique et adaptée à l’individu
  • Réduire les risques sur les pathologies possibles
Le paddock paradise permet, entre autres, une meilleure stimulation des pieds

Le paddock paradise permet, entre autres, une meilleure stimulation des pieds

Par exemple, différentes études en éthologie scientifique mettent en avant l’importance pour le cheval d’être le plus possible en extérieur, avec au moins un congénère, pour son bien-être mental et donc pour éviter l’apparition de tocs. Il s’agit également du même raisonnement en proposant de l’alimentation à volonté toute la journée, avec une forte présence de fibres, qui permet d’éviter les ulcères et autres problèmes digestifs.

Il est évident que dans ce raisonnement, nous recherchons un bien-être et des conditions de vie qui permettent d’éviter les nombreux soucis du cheval domestique (le plus connu étant la colique). Pour autant, il n’est pas question de refuser le curatif lorsqu’il est nécessaire: le curatif est à utiliser une fois que la maladie est là – maladie que nous pourrions définir comme une rupture de santé. En préventif, il est question de se protéger “en avance” et donc d’éviter un traitement curatif qui risque d’être plus lourd pour le cheval et pour notre porte-monnaie.

Retour d’expérience

  • Hercule

    Hercule, 20 ans et ancien cheval de club

    Hercule, ancien cheval de club de 20 ans étant dans une optique préventive depuis 3 ans: au quotidien, il est passé d’une vie en box toute la journée à une vie en extérieur toute l’année avec d’autres chevaux. Il est vermifugé au naturel et a une alimentation uniquement à base de fibres (j’ai observé depuis ce changement d’alimentation sa dermite a nettement diminué). Il est également suivi en shiatsu aux changements de saison afin de l’aider aux mieux tout au long de l’année. Des cures ponctuelles (EM, minéraux..) permettent d’éviter les déséquilibres qui pourraient entraîner des soucis plus graves.

Exemples

Nous vous proposons une liste de pathologies fréquentes et une liste de causes non exhaustive (basées sur ce que les études nous enseignent pour le moment):

  • hiver-pp

    Le cheval peut rester dehors sans soucis jusqu’à -20° !

    Coliques = manque de déplacements et donc pas de massage des intestins – manque de fibres – stress lié aux conditions de vie, enfermement – stress lié au travail
  • Problèmes gastriques = sevrage inadapté et trop violent – alimentation inadaptée – manque de fibres – estomac trop longtemps vide – stress lié à l’hébergement et/ou au travail
  • Problèmes pulmonaires = enfermement – nourriture poussièreuse – entretien des locaux non adapté – tonte et couverture mal gérée – fragilité créée par une surprotection…
  •  Problèmes de pieds/membres = manque de déplacement – piétinement sur le fumier – ferrage – travail trop tôt, inadapté – activités abimant les membres…
  • Problèmes de dos = stagnation en boxe – travail trop précoce – selle inadaptée – inadequation poids cavalier/cheval – travail mal construit , sur un cheval mal musclé, mal préparé
  • Problèmes comportementaux = déclenchés par tout ou partie de ce que nous venons de voir auxquels s’ajoutent les problèmes liés à une mauvaise interaction homme /cheval…

Tout ceci ne sont que des exemples: cependant lorsqu’on analyse les causes qui ont provoquées les conséquences, on prend vite conscience que la majeur partie des problèmes (voire la totalité) découle de ce que nous avons créé, des choix que nous avons fait.

Les risques de la prévention mal placée

harde-hiver

Les chevaux sont capables de vivre dehors jour… Comme nuit!

En effet, “le mieux est l’ennemi du bien” et nous pouvons parfois nuire en cherchant le bien-être de nos compagnons ou en ne souhaitant écouter qu’un seule personne.

La prévention mal placée peut être: “je veux le meilleur pour mon cheval donc je le garde en boxe / il est au chaud l’hiver, il n’est pas sous la pluie / je ne le sors que lorsque le temps me parait correct / et (cerise sur le gâteau) il est disponible et propre quand je viens le monter etc..” Malheureusement, 15 ans plus tard il fait de l’emphisème, souvent d’ailleurs lié à son enfermement. Résultat : “je dois absolument mettre mon cheval dehors, ce n’est plus un choix mais une obligation / mon cheval n’en a pas pris l’habitude pendant toutes ses années, il est fragilisé par ses années de boxes, n’a peut être pas développé la rusticité nécessaire / je vais encore m’inquiéter”. 

N’aurait il pas mieux valu le laisser dehors dès le départ ?On aurait ainsi éviter un très grand nombre de problèmes?

L’importance de l’esprit critique

Nous tenons malgré tout à souligner l’important d’aller plus loin que le curatif/préventif, qui peuvent tous les deux être sujets à des dérives et des “acharnements”: nous devons chacun être capable de conserver notre esprit critique et notre capacité de réflexion. La base de toute est l’écoute de notre cheval ainsi que la possibilité d’apprendre d’autrui en mettant ses connaissances en perspective.

Ecouter son cheval

La base de toute est l’écoute de notre cheval ainsi que la possibilité d’apprendre d’autrui en mettant ses connaissances en perspective.

Il existe également de nombreuses choses considérées comme allant de soi parce que nous les avons apprises jeune ou sans remettre en question la personne qui nous l’a enseignées: un bel exemple est l’idée qu’un cheval est forcément ferré (jusque dans les schémas des manuels vétérinaires !), ou encore le fait de tondre/enrêner car certains cavaliers d’un niveau supérieur le font. Dans la même optique, il peut-être intéressant de remettre en question l’utilisation des vermicides 4 fois par an comme il est coutume.

Il est également important de souligner que pour se forger un esprit critique il faut être informé. Ce qui veut dire cumuler les sources, privilégier les sources scientifiques, recroiser les informations, ne pas agir par peur (l’arme fatale des vendeurs de produits divers qui vous explique que le leur est indispensable). Ce qui veut également dire ne pas considérer comme immuable ce que l’on sait. Un exemple très simple : dans les années 80 , on pronnait l’impregnation du poulain. Manipulation dès la naissance, doigts humains sur les gencives etc. Hors on sait de nos jours que ces actes sont en fait néfastes dans la relation mère / poulain, et que jusqu’aux 6 mois de celui-ci il est préférable de le manipuler directement le moins possible. On passe par la mère pour lui apprendre…

Conclusion

Essayons donc, pour le bien de nos compagnons, de rechercher leur bien-être avant toute chose plutôt qu’attendre que la maladie soit là et, finalement, ne chercher à résoudre que les symptômes (ou plutôt les masquer). Nos actions sont bien souvent justifiées par ce que nous pensons préférable pour eux:

  • Selle Francais

    Un Selle Français est-il rustique par nature ou à la suite des décisions de son propriétaire?

    Une grande part d’anthropomorphisme vient polluer notre vision (le cheval a besoin de 3 repas par jour, de dormir la nuit, et sa sécurité est synonyme de 4 murs et 1 toit)
  • ajouté à un manque de connaissance (et là pour le coup si on aimerait recevoir des informations valables de la part des professionnels du cheval qui nous entourent, il s’avère qu’ils ne peuvent nous apprendre que ce qu’ils ont eux même appris … et force est de constater qu’ils ne savent pas tout) il est donc aussi de notre responsabilité de propriétaires d’aller chercher l’info là où elle se trouve…
  • Et pour finir, prendre conscience de nos actes qui derrières des prétextes plus ou moins valables, sont en fait dictés par notre propre confort.

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