Renforcement négatif et punition : une frontière floue
Cet article est la partie 5 de 6 du dossier Apprentissage associatif et non-associatif

Dans notre esprit le mot « punition » est souvent associé à des scénarios négatifs, avec l’utilisation d’une cravache ou d’un autre moyen de coercition. Cependant la punition « positive » (application de stimuli aversifs suite à l’apparition d’un comportement indésirable afin de faire diminuer ce comportement) ne peut être considérée comme uniquement un moyen d’infliger une douleur physique ou morale. N’importe quel stimulus aversif (comme la pression utilisée par les humains) n’est rien de plus qu’une punition, même légère, pour le cheval : une punition légère est utilisée chaque fois qu’une pression est exercée sur le cheval (Non, ce n’est pas cela que je souhaite), dont le retrait (Oui, c’est cela que je souhaite) permet la mise en œuvre d’un renforcement.

C’est pourquoi prendre conscience de nos comportements est essentiel car cela nous permet d’appliquer correctement un renforcement négatif, et d’éviter ainsi la punition. En effet, si la pression n’est pas retirée immédiatement après que le cheval ait exécuté le comportement correct, cela résulte à punir le cheval pour ce comportement en lui disant « Non, ce n’est pas cela que je souhaite ». La non-application du renforcement peut donc être interprétée par le cheval comme une punition, indiquant ainsi combien la frontière entre une communication correcte et l’envoi de signaux contradictoires est mince.

L’efficacité d’une punition dépend notamment de son intensité. Cela ne veut pas dire qu’une pleine puissance doit être utilisée, mais que son intensité doit être appropriée à ce cheval en particulier et à cette situation particulière. Un autre élément critique est l’intervalle de temps entre le comportement que l’on souhaite punir et l’administration de la punition. Plus cet intervalle est long, plus il y a de chance que la punition soit inefficace et ait uniquement des conséquences indésirables. Par exemple, si le cheval est cravaché lors du refus d’un obstacle, il ne saura peut-être pas s’il faut associer ce stimulus avec le refus en lui-même ou avec un autre élément de la situation en cours comme le fait de sauter ou même d’être monté. La grande majorité des punitions ainsi administrées sont incorrectement appliquées quant à leur timing et à leur intensité, et ceci sans prendre en compte toutes les punitions administrées de manière inconsciente. De plus, la punition peut être rapidement associée à la personne qui les administre : le cheval montre alors des comportements de défense ou de fuite dès que cette personne est présente lors d’un apprentissage. De la même façon, cette association peut aussi concerner des endroits ou des objets. Enfin, des punitions répétées entraînent la réduction de l’activité spontanée, souvent associée à une diminution de l’attention et des capacités d’apprentissage.

La réduction de l’activité spontanée peut conduire à une perception négative de l’environnement même si le cheval vit dans des conditions adéquates concernant ses besoins : l’état de bien-être est alors diminué. Cette situation peut aboutir à l’apparition de formes pathologiques d’apathie et à une incapacité d’adaptation à l’environnement, ce qui peut induire l’apparition de troubles de type dépressif. Enfin, l’effet le plus dangereux de la punition est l’agressivité envers les humains. C’est pourquoi, pour toutes les raisons susmentionnées, la punition positive doit être le plus possible évitée.

 

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2 commentaires

  1. Mathilde Auteur juin 16, 2016 (5:05 )

    Quand on travail au clicker/renforcement positif, ne pas récompenser ou mal récompenser peut aussi être vécu comme une punition par le cheval ! Cela pourrait être le sujet d’un prochain article..? 🙂
    Très bon article au passage ! D’un point de vu strictement théorique punition et renforcement sont bien distincts, mais le cheval peut effectivement percevoir les choses différemment ^^

    Répondre à Mathilde
    • Aline Foury Auteur juin 19, 2016 (6:38 )

      Bonjour Mathilde,
      Oui, en effet, cet article montre bien comme on peut passer du renforcement à la punition facilement et involontairement! A nous de bien faire attention à ne pas franchir cette frontière 😉
      Merci pour votre soutien 🙂

      Répondre à Aline Foury

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