Sans mors, pourquoi ? pour qui ?
Cet article est la partie 1 de 10 du dossier Les outils du sans mors

 Monter sans mors, mais pourquoi donc ?

La monte sans mors est souvent présentée comme l’achèvement de l’éducation du cheval, lorsque la légèreté et l’harmonie entre le couple cheval/cavalier sont atteintes, ou au contraire comme un outil pour préserver les chevaux des fautes de main lors du débourrage. Pour autant, la monte sans mors n’est pas seulement un outil de «vérification» du travail à pied comme à cheval, ni uniquement un moyen d’amorcer le travail au mors : c’est également une nouvelle façon d’appréhender la communication avec votre compagnon.

Equitation classique en sidepullTout d’abord, un point sur l’anatomie équine : le cheval est un animal qui respire exclusivement par le nez et non pas par la bouche. Il peut donc, pour le bon fonctionnement du pharynx, soit respirer profondément – ce qui est nécessaire pour apporter l’oxygène nécessaire à l’exécution d’un exercice, monté ou non – soit manger, activité qui occupe plus de la moitié de son temps. Un cheval naturellement prend uniquement en bouche de la nourriture, durant des périodes plus ou moins statiques. Lors des efforts physiques, le métabolisme du cheval demande un apport important en oxygène, et cela nécessite que les voies respiratoires soient bien dégagées (tête et encolure allongées vers l’avant et larynx ouvert). Il n’a alors rien dans sa bouche, pour permettre un fonctionnement optimal de sa locomotion, grâce à une respiration normale, sans gêne. Un cheval ne peut donc, dans sa vie quotidienne, déglutir et respirer en même temps au risque de se créer des complications de type respiratoires et/ou digestives. Lorsque ce qui se trouve dans la bouche du cheval n’est pas un aliment, un conflit se produit au niveau du pharynx qui reçoit deux messages contraires : fermer le larynx car la salivation augmente, à cause de la mastication, ou bien ouvrir le larynx pour fournir aux muscles l’oxygène nécessaire à l’effort. Un cheval qui travaille, à pied ou en selle, a besoin de respirer : la présence du mors ainsi que de muserolles trop serrées limite sa fonction respiratoire, et par conséquent, entraîne une perte de concentration (voir les études du Dr Cook). A main égale, travailler en mors risque d’augmenter le stress et d’engendrer des problèmes physiques (boiterie, augmentation du rythme cardiaque, coliques, cheval qui devient rétif, etc) qu’avec un travail sans mors.

Le cheval est naturellement capable d’effectuer les airs de basse et haute école, ainsi que toutes les autres activités que nous attendons de lui (obstacles, western, etc). L’échelle de progression globalement admise est établie pour le cheval et le cavalier ; que ce soit sur la propulsion, l’équilibre ou le rassembler, le but du dressage classique étant de retrouver les airs «naturels» du cheval sous la selle.

Il est donc important de réfléchir aux différents outils que nous utilisons pour obtenir ce résultat. Tout comme les muserolles serrées ou les enrênements, l’escalade des mors est un réel risque de tomber dans des «cache-misères» et peut masquer certains problèmes. La communication et le dialogue sont des axes fondamentaux qui ne peuvent être compensés ou même remplacés par des outils jugés «traditionnels». La tête et la bouche libre, le cheval peut davantage s’exprimer. Toutefois, il n’est pas non plus conseillé de passer sans-mors sur un coup de tête. Le plus important reste la cohérence et la progression.

Mick Cordelette 2

Il est préférable que le cavalier effectue un travail à pied pour éduquer son cheval aux différentes bases: comme lors d’un apprentissage “classique”, les codes sont acquis au préalable et donc transposables en selle. Les deux points importants à retenir ici sont l’acquisition ainsi que la compréhension des codes par le cheval. Les outils coercitifs nous rassurent en offrant une sensation de contrôle dans toutes les situations -ce qui reste malgré tout illusoire. Néanmoins, il faut que leur utilisation respecte l’intégrité physique, psychique et émotionnelle du cheval. La clé du succès n’est autre que la confiance ainsi que le respect mutuel, la cohérence dans le travail et plus globalement dans la relation.

Ce dossier propose de présenter les différentes approches et outils utilisés pour la monte sans mors, ses fondements, ainsi que les différents outils utilisés ou utilisables, afin aussi de signaler que monter sans mors n’est pas obligatoirement “monter sans douleur”.

 

 

Pour plus d’informations, nous vous proposons de lire le résumé d’études académiques (en anglais) sur le sujet:

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