Equitation classique sans mors avec Jastero, cheval andalou
Jastero en sidepull

Jastero en licol plat

Voici l’histoire de mon approche de l’équitation sans mors ni éperons, avec Jastero, mon cheval espagnol.

Par Bernard Cheru, membre Alter Equus

Un article en lien avec “Transition vers le sans mors”, à lire également !

Il y a un an maintenant, intrigué par la lecture du blog «cavalieremaispasque.wordpress.com », je décidais d’essayer la monte sans mors. Je prenais un bon vieux licol d’écurie, bien plat et large, car le licol dit “éthologique” est, à mon sens, une hypocrisie qui consiste à remplacer la contrainte du mors par celle d’une cordelette fine et agressive…

Ce fût un essai prudent, en espace clos. Le risque était modéré : dans les conditions standards, mon cheval me respecte, il a confiance en moi et il s’arrête par action de mon dos, confirmée par la voix et un léger pianotement des doigts sur les rênes. De toute façon, lorsque Jastero, paniqué, part en lançades, je n’ai pas l’impression que le mors me permette vraiment de le contrôler…

Concentré, Jastero se plaça au pas, sur sollicitation des doigts. Le travail de deux pistes ne me causa aucun souci, mon bassin et mon assiette générant le plus gros de la demande. Idem pour les demi-pirouettes. Le galop se fit sans aucune différence par rapport à l’accoutumée; transition galop – arrêt – reculer – galop, sans temps mort.

Curieux d’aller plus loin, je décidais d’aller tester cela sur la grande carrière, à l’extérieur… Au niveau sécurité, pas de souci: Jastero s’arrêtait ou reculait à la commande de la voix et de l’assiette. Une fois échauffé, j’eu la curiosité de tester le galop allongé; il s’arrêta sans difficulté !

Cependant, lors de cet essai, je me trouvais parfois confronté, au trot et au galop, à un problème de placer : alors que d’ordinaire, le simple pianotement des doigts, sur des rênes en demi-tension, m’offrait en retour un placer correct, encolure arrondie et chanfrein vertical, là, Jastero était un peu le « nez au vent », notamment avec toutes les sollicitations externes (congénères au pré, piétons, reprise sur l’autre carrière, etc.). Si je voulais un placer de dressage académique, il me fallait des mains assez basses, un peu comme avec des rênes fixes. Le contact n’était pas léger. Cela manquait de précision, de « doigté ». Ce n’était pas satisfaisant… Il fallait trouver une solution.

Cela dit, je constatais qu’il était possible de tout faire sans mors : travail de deux pistes aux trois allures (épaule en dedans et appuyers), pirouette au galop, piaffer et passage. Je testais même la courbette qu’il exécuta bien volontiers.

Je considérais alors la monte sans mors comme un « plus », à pratiquer en alternance avec un travail en embouchure. De façon évidente, Jastero appréciait beaucoup cette absence de menace sur sa bouche : le mors, qu’on le veuille ou non, est indubitablement une contrainte pour le cheval.

jastero en side 2Par la suite, afin de pousser plus avant les sessions sans mors avec Jastero, je transformais son filet, en enlevant le mors et en attachant directement les rênes sur la muserolle.  

Si en extérieur, les sollicitations et les petites peurs rendaient la concentration difficile, une fois à l’intérieur du manège, seuls le soir, elle était au maximum – Là, en appliquant la même légèreté de contact qu’en bride, je m’apercevais que le cheval réagissait à la moindre vibration des doigts transmises à la muserolle, confirmant l’aide d’assiette et le code vocal – La position des mains était soit relativement basse (piaffer, trot assis ou galop) soit un peu plus haute (appuyers et pirouette au galop, passage) – Bref, j’étais surpris par l’évolution de la réceptivité de Jastero à la plus petite vibration sur son chanfrein.

Jastero et Bernard Cheru - en bride

Photo prise par Pauline Petit ©

Je continuais en parallèle (une à deux fois par semaine) le travail classique en bride pour comparer les deux équitations. Un fait nouveau – d’ordre psychologique – apparut alors chez moi: j’en venais presque à m’excuser auprès de Jastero de lui mettre autant de fer dans la bouche, même si je savais que je n’abusais pas du contact de la main…

La recherche permanente de l’équilibre et d’un contact léger avec le chanfrein fut primordiale pour éviter toute surenchère qui aurait pu aller jusqu’à un appui trop franc et permanent. Le pianotement des doigts sur les rênes, comme avec le mors, était de plus en plus efficace. Jastero était à l’écoute. Toute la maîtrise du cheval était dans l’assiette, avec une position centrée et un dos tonique ; il devenait possible d’obtenir un galop presque sur place, plein d’énergie, mais avec un contact léger et intermittent avec le chanfrein, par le biais d’une banale muserolle plate ! Le cheval était sous contrôle, prêt à bondir au signal et pourtant je n’avais “rien” dans les doigts…

Nous avons enchaîné des figures académiques avec cette position classique, centrée, jambes très descendues, pointes des pieds rentrées, mains un peu hautes, rapprochées, les ongles se faisant face: épaules en dedans et appuyers aux trois allures puis enchaînement appuyer au galop – demi-pirouette – retour en appuyer et enfin, piaffer et passage. Tout s’opérait dans le calme avec un cheval vraiment à l’écoute.

Je fis venir une monitrice du centre. Elle se positionna à hauteur de ma botte avec une gaule pointée vers les postérieurs, pour faire l’aide à terre, et me permettre de tester les transitions piaffer-passage. Et là, Jastero nous fit du grand art! Tout cela avec une simple muserolle sur le nez, des rênes en demi-tension, une assiette la plus profonde possible et un contact alternatif des mollets au rythme du lever des postérieurs. Je mis pied à terre et distribuais des tonnes de bonbons à mon bon Jastero !

Travail liberte jastero

Photo prise par Justine Onno ©

Conjointement, je poursuivais le travail (ou plutôt le jeu…) à pied, pour développer encore la connivence avec mon cheval, la confiance réciproque et son moral. Là, comme au travail monté, il fallait savoir être :

  • bref dans les exercices, pas trop envahissant, pour ne pas créer de lassitude et tenir son cheval en éveil
  • très patient pour prendre le temps d’observer, afin de mieux communiquer ensuite.

 

Un jour, une connaissance me posa la question suivante : « As-tu enseigné la Haute école sans mors ou as-tu d’abord dû le faire avec pour ensuite l’enlever? »…

Jastero levade

Photographie prise par Clémence Rucar ©

Impossible pour moi de répondre à cette question. Les airs un peu relevés que j’avais pu effleurer, en amateur, donc sans jamais prétendre les maîtriser, je les avais toujours travaillés en bride, simplement parce qu’à cette époque, je ne connaissais pas le sans-mors… Mais, de plus en plus, avec Jastero, en muserole simple (side-pull), j’obtenais, à ma grande joie, sur l’appuyer et la pirouette au galop, le même contrôle qu’en bride ! Le sans mors oblige en effet le cavalier à tout ‘faire passer’ dans l’assiette, bien plus encore qu’avec un (des) mors. Pour être efficace, il faut donc avoir acquis, par une discipline de fer et une vigilance de tous les instants, une assiette un peu plus profonde et un minimum de fixité à cheval.

 

Par ailleurs, en parcourant les illustrations du livre d’Alois Podhajsky (Ecole de Vienne), je me faisais deux réflexions :

soumission contrainte cheval1 – Les gravures du 18ème montrent des instruments durs de soumission du cheval (caveçon + mors de bride à gros effet de levier + éperons piquants). Or, il y a moyen, en entrant en relation avec son cheval, de sortir de cette logique de soumission, pour entrer dans une logique de coopération.

2 – Le placer que l’on a sans mors est un placer naturel du cheval, finalement académique, proche de celui des lipizzans que montait Alois Podhajsky à Vienne; je me méfie donc de ce dogme « rond et bas » qui traine sur tous les carrés de Dressage et je préfère laisser un peu de liberté à mon cheval dans son placer.

Finalement, pour rejoindre la question de ma connaissance ; ne serait-il pas possible, dès lors que le cavalier a acquis un peu d’expérience équestre, une assiette classique, profonde et fixe, de commencer l’éducation d’un jeune cheval puis de l’amener en quelques années aux airs de ‘Haute école’, sans mors, dans une logique de coopération et en lui laissant un peu de liberté, notamment dans son placer ?

 

Eh bien, si j’avais le temps et les moyens, je crois que je chercherais à débuter un jeune Pure Race Espagnol, le successeur de Jastero, de cette façon, pour enfin répondre à cette question !

En attendant, le travail sans mors et sans éperons sur Jastero est devenu quotidien depuis qu’un jour, alors que je décidais de réintroduire la bride sans muserolle et les éperons (juste pour voir ce que ça donnait en harnachement classique), je connus vingt minutes d’échauffement pénible au pas et décidai de mettre pied à terre pour enlever bride et éperons et poursuivre sans mors… Je retrouvais alors instantanément un cheval parfaitement à l’écoute, réellement aux ordres, prêt à s’engager, en équilibre, dans les pirouettes et les airs relevés – On n’était plus dans la croyance religieuse, mais dans l’épreuve des faits – Ça devenait troublant… Finalement, il faut bien l’admettre, la bride et les éperons, fussent-ils utilisés avec tact et mesure, gênent et contractent nos chevaux, même si ces derniers ont l’air de s’y faire.

La pratique en cross over des deux méthodes (bride et sans-mors) sur un même cheval, dans des conditions identiques, m’ont permis de tirer des conclusions personnelles intéressantes, non fantaisistes… C’est un travail de recherche en équitation qui est plus qu’intéressant. J’ai d’ailleurs plaisir à échanger sur le sujet au sein du groupe FB ‘Alter Equus’ qui promeut une approche respectueuse du cheval et de son intégrité.

Aujourd’hui, plus j’avance dans l’étude du travail sans mors et sans éperons et plus je me dis que finalement des pans entiers de l’équitation concernent peut-être l’art de régler avec un mors et des éperons des problèmes qu’on n’aurait pas sans eux…

Pour moi, très subjectivement, un cheval qui n’a plus de fer ni dans la bouche ni contre les flancs semble véritablement transformé en termes d’écoute de son cavalier, de relaxation et de réactivité.

 

Un petit exemple récent de nos débuts sans mors….

Merci Jastero !

Merci Jastero !

11 commentaires

  1. Très bel article! Je commence tout juste le débourrage de mon jeune entier, pieds et bouche nus, et nous comptons bien aller un jour jusqu’à la haute école!

    Répondre à Animal Balance - Ostéopathie animale et Orthopédie
    • jean marc Auteur juillet 4, 2016 (9:17 )

      Bonsoir
      ou en êtes vous depuis ?
      cordialement

      Répondre à jean marc
  2. Daniela Studer Auteur juillet 17, 2014 (9:00 )

    Hallo Bernard!
    Erinnerst Du Dich an mich und Embiossa? Bin durch Zufall auf Deine Seite gekommen und habe mich sehr gefreut, dass es Jastero und Dir gut geht. Super, wie Du das machst, so ganz ohne Gebiss!

    Würde mich freuen, wenn Du auch meine Webside besuchen würdest.

    Viele Grüsse, Daniela

    Répondre à Daniela Studer
  3. bachelet Auteur novembre 13, 2014 (10:45 )

    bonjour, super article ! nous montons à une main et on nous a dis que c’était impossible sans mord. Quand pensez vous?

    Répondre à bachelet
    • Alter Equus Auteur novembre 14, 2014 (10:34 )

      Bonjour,
      La monte à une main ne devrait pas être un soucis à ce niveau: nous avons des cavaliers qui montent sans mors en TREC, western, dressage, etc. A une ou deux mains, si la communication, le sans mors est envisageable 🙂

      Répondre à Alter Equus
      • Chevalitude Auteur novembre 14, 2014 (10:46 )

        Ce n’est pas une question de codes. Codes suppose un conditionnement quel qu’il soit. C’est une question d’équilibre, d’impulsion, et de coordination mentale/physique/émotionnelle des DEUX partenaires.

  4. Soubrier Auteur mars 7, 2015 (8:09 )

    Bonjour, je découvre aujourd’hui votre blogue et je suis ravie… Et je monte sans mort….je suis cavalière mais handicapée (j’ai fais un AVC) du coup je monte qu’avec ma main gauche et surtout j’ai place un jour mon cheval avec un side-pull, la transition c’est fait très rapidement, une séance..mon cheval est bien plus changé, le mors ne le gêne plus, il n’en a pas….du coup il fait beaucoup facilement ce que je lui demande. Je suis légère dans ma main et surtout main basse…
    Bien à vous
    Anne

    Répondre à Soubrier
  5. savelli Claudie Auteur septembre 24, 2015 (1:15 )

    Merci pour votre article je cherchais des brides sans mors et finalement je vais faire comme vous.ôter les mors.car je travaille mes 2 chevaux que du travail à pied pour après le faire en liberté.piaffer.etc..car le licol etho.ils aiment pas trop de pression au nez.merci encore votre article très intéressant

    Répondre à savelli Claudie
  6. Philippe fossé Auteur mars 22, 2016 (1:16 )

    Super article très encourageant pour la suite. j’ai une jument de 5 ans au travail depuis 1 an en carrière approche éthologique à pied puis monté et ensuite travail de dressage et randos. j’habite barcelonnette dans les Alpes de Haute provence et je sors sans problèmes sur les pistes et les sentiers de randonnées. je pratique le pied nu avec si nécessaire des hipposandales. Je verrai cet été en fonction des randos et du terrain. J’ai essayé le sans mors avec un licol et une paire de rênes et ma jument s’est comporté comme avec un mors. Rênes d’ouverture, arrêts et reculés sans difficultés et travail aux 3 allures. Le problème du licol c’est qu’il bouge et ne reste pas fixe. Je voudrai acheter un bridon sans mors mais j’hésite entre le side pull et le bittless. Que me conseillez-vous?
    Merci de votre réponse.
    Je vous tiendrai informé des sensations et du travail quand j’aurai essayé le side pull ou le bittless.
    a bientôt
    Cordialement
    philippe

    Répondre à Philippe fossé
    • Alter Equus Auteur mars 25, 2016 (8:16 )

      Bonjour, merci de votre message! C’est déjà un beau travail que vous avez fait 🙂 Le side pull est plus “confortable” et moins contraignant que le bitless, qui a une action “coulissante”. Pourquoi ne pas d’abord essayer en side? 🙂 N’hésitez pas à nous tenir au courant!

      Répondre à Alter Equus
  7. beaumont caroline Auteur mars 16, 2018 (6:37 )

    Bonjour, de quelle façon accrochez vous les rênes à la muserolle?
    Merci,
    Cordialement,

    Répondre à beaumont caroline

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